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Port
Jackson
Editions Gallimard
2007
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« Au bout de la terre », avec Agnès
Clancier
En
2003, l'année de ses 40 ans, Agnès
Clancier venait de publier son troisième roman, Le Pèlerin
de Manhattan (éd. Climats), récit de l'errance
d'un homme, qui, à sa sortie de prison, comprend que la
vie ne peut pas reprendre « comme avant ». Avec une
très belle évocation de New York. Elle est alors
partie pour l'Australie, où elle est restée trois
ans et a écrit Port Jackson, un texte au charme étrange.
Un roman dans l'Histoire plutôt qu'un roman historique,
qu'on lit avec une totale empathie pour l'héroïne,
Elizabeth Murray.
On
est en 1785, en Angleterre. Elizabeth a tout juste 20 ans, « septième
enfant de John Murray (...) née (...) dans le comté du
Devon (...). Sachant lire et écrire, autrefois fiancée à Charles
Cox, presque mariée, avant d'être arrêtée
pour le vol de ce drap, qui était si doux et joliment
ouvré et aussi précieux que des années de
travail de servante, mais si doux, surtout, que, de le caresser
de la main et de poser ma joue dessus, la tête m'en a tourné ».
Il
serait illusoire et anachronique de voir là un délit
mineur. La délinquante est condamnée à être « transportée » dans « un
lieu au-delà des mers ». Elle embarque, avec près
de mille autres prisonniers, pour l'Australie, que James Cook
avait découverte une quinzaine d'années auparavant.
Le voyage, éprouvant, dure huit mois, avant l'arrivée à Port
Jackson, « le plus beau et le plus vaste port du monde,
tout en étant le plus sûr, protégé des
vents de tous côtés, déclare un officier,
et nous fonderons ici même une colonie des plus prospères ».
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C'est
surtout dans une prison à ciel ouvert, « au bout
de la terre », un endroit d'où l'on ne s'évade
pas, que débarquent, le 6 février 1788, Elizabeth,
les autres condamnés et les soldats qui les encadrent.
Agnès Clancier excelle à faire vivre cette étrange
cour des miracles, les amours, les haines, les aventures imprévues,
les morts trop prévisibles, les premiers contacts avec
les indigènes...
Le
récit est celui d'Elizabeth, à la première
personne. C'est une jeune femme d'une grande maturité,
et beaucoup plus éduquée que la majorité de
ses codétenues. Elle l'a dit d'emblée, elle sait
lire et écrire. Pendant cet interminable voyage, elle
a observé, et réfléchi. Dès l'arrivée, « l'excitation,
la fébrilité de nombreuses femmes me font pitié à voir,
alors même que je les partage, dit-elle. Pauvres de nous.
Que pouvons-nous espérer d'un statut de prisonnières
dans ce pays inconnu, peuplé de sauvages, nous qui ne
sommes pas parvenues à survivre en Angleterre ? D'où nous
viennent cette espérance, ces rêves insensés,
cette joie brûlante ? D'autres, plus lucides ou plus
désespérées, gardent le visage fermé,
mais cette impassibilité même dévoile un état
de tension inhabituel. (...) Je n'oublierai jamais mes premiers
pas sur ce sol vierge. Pur de notre passé, vide encore
de notre avenir ».
Y
a-t-il vraiment un avenir dans cet « au-delà des
mers » ? On l'ignore, mais il y a à coup sûr
un présent, et un groupe humain qui reconstruit une
société - et ici, singulièrement, une
société coloniale - avec ses hiérarchies,
ses rivalités, ses bonheurs soudains faits de découvertes
improbables - une carrière de marbre, une supposée
mine d'or -, ses violences aussi. Parfois même, dans
ce lieu trop clos, un concentré de violence. Et des
désirs d'évasion qui tournent court. « Comme
cet homme qu'on a découvert dans le petit bois, au sud
du camp, déjà décomposé, le visage
noir et les yeux grouillants de vers. »
Elizabeth,
elle, parvient à se faire « une vie paisible »,
entre deux hommes, Stephen et celui qu'elle ne désigne
que comme « le lieutenant ». « Une routine
s'installe, un cocon d'habitudes, qui étouffe la peur. » A
sa grande surprise, elle est enceinte, de Stephen, affirme-t-elle.
Le bébé sera mort-né. Elle croit ne pas
s'en relever, mais sa force de vie est inaltérable.
Agnès Clancier, avec une belle maîtrise, en a
fait un personnage qui emporte l'adhésion, avec son
sens du récit, toujours dans le ton juste et la bonne
distance, son regard aigu, ses descriptions minutieuses.
Une
année déjà a passé. On est au début
de 1789. Il y a eu, dans cette colonie en formation, des exactions
et des punitions sévères - jusqu'à sept
cents coups de fouet. Et aussi des morts, beaucoup de morts,
et il y en aura encore. Stephen sera pendu. Il a tué une
femme indigène et n'a cherché aucun alibi. Quant
au lieutenant, parti en mission, il n'est pas sur le bateau
qui revient, le 19 octobre. Il est mort à Batavia « emporté par
les fièvres ». Elizabeth a-t-elle encore, après
eux, un avenir ?
Josyane
Savigneau - Le Monde - 6 juillet 2007
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« Il
n’est pas une page de ce roman aventureux et aventurier
qui ne nous poigne. (…) Avec une richesse de recréation
tout à fait exceptionnelle dans la densité et l’intensité des
propos, des évocations et des portraits, avec un imaginaire
visionnaire déployé pour faire ressortir les effrois
de l’exotisme, le tragique de l‘exil, le dramatique
de la confrontation entre les natifs et ces Anglais perdus au
bout de l’univers, Agnès Clancier réussit à transformer
son roman de la naissance de l’Australie, par la perfection
de ses véritables tableaux, en une sorte de nouvelle genèse
d’un monde et d’un continent en son commencement,
et où Dieu, pourtant souvent invoqué par les colons
anglicans, n’aurait point encore porté son regard.
C’est dans cette absence que réside le mystère captivant
de ce roman, c’est dans ce panorama impitoyable, où des créatures
humaines, revenues à un état "sauvage", se cherchent
et commencent à s’organiser dans les tourments les plus quotidiens,
que ressort l’idée biblique que "la création souffre
les douleurs de l’enfantement" : roman d’une maîtrise
inouïe, à la transcendance cachée mais réelle.»
Joël Schmidt – Réforme – 12
avril 2007.
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« Pour
Port Jackson, Agnès Clancier
s’est glissée dans la peau d’Elizabeth Murray,
née le 26 mai 1765 dans le comté du Devon, condamnée à vingt
ans à… la relégation à vie, pour
le vol d’un drap si doux sur sa joue que la tête
lui en avait tourné.
Ainsi débute la descente aux enfers d’Elizabeth
Murray, "rebut de la société". (…)
252 jours de bateau, à fond de cale (…) . Premiers
face à face avec les Natifs (…). Bien vite, les
Aborigènes ne supporteront pas de voir leurs hôtes
défricher l’espace et couper les arbres, actes fondateurs
d’une société en quête de repères
et d’une identité nouvelle.
Pour Elizabeth Murray, fantôme d’un camp de femmes
baptisé Sodome, la liberté reconquise peut prendre
une dimension vertigineuse, en dépit de l’inconfort,
de l’insécurité, de la famine et de la maladie.
(…)
Fuir le camp, se porter plus loin vers d’autres autochtones
pas encore souillés par les Blancs, apprendre leur langue,
danser comme eux et avec eux l’histoire du monde, se fondre
dans le paysage pour mieux "attendre l’embarcation
qui me ramènera chez moi". Le hurlement est sourd.
Voie(x) sans issue. Celles d’Agnès Clancier sont
magnifiques. »
Chris Dussuchaud - Le Populaire du Centre – 6 avril
2007.
« D'une écriture fluide, figurative et précise, Agnès Clancier
pose ses pages comme un peintre dispose sur sa toile les éléments
d'un tableau. »
François Chambefort – Le Messager – 23 mars 2007
« Agnès
Clancier a découvert l’Australie
au cours d’un long séjour professionnel, dont le
roman Port Jackson est en quelque sorte l’émanation
historique et littéraire, parfaitement documentée,
captivante et parfois poétique, en particulier lorsqu’il
s’agit de décrire les paysages, comme celui de Botany
Bay. Mais plutôt que lyrique, l’écriture est « au
cordeau », précise, évocatrice, simple mais
travaillée: « Un cliquetis lumineux comme la vie
qui reprend. La musique de la vie. Aérienne. Piquante. » Un
style qui accompagne admirablement la scène dionysiaque
qui suit le débarquement, qui sera lavée par l’orage.
L’héroïne en est Elizabeth Murray (mais il y a d’autres
figures de femmes), condamnée par le tribunal de Londres à la
transportation au-delà des mers, à échéance de
sa vie, dans cette colonie anglaise qui devint l’Australie. La fresque
qui permet à Agnès Clancier d’entrer chez Gallimard – qui
a aimé tout de suite le roman – est celle de la rencontre de deux
peuples, européen et aborigène – ces Natifs qui semblent
au départ indifférents à cette invasion en apparence respectueuse.
Les colons manquent de tout, de nourriture, de soins, la romancière
nous les montre autant souffrants que pauvrement conquérants : « en
juillet, se succèdent des jours et des jours de gelées blanches
le matin, suivies de fortes pluies qui glacent nos os et propagent la fièvre. » Ce
qui n’empêche pas le gouverneur de maintenir la discipline, les
coups de fouets et de célébrer l’anniversaire de Sa Majesté.
Après nous avoir proposé l’itinéraire (dans tous
les sens du terme) d’un homme dans Le Pèlerin de Manhattan, c’est
une femme qu’elle nous propose d’accompagner, dans sa réclusion à ciel
ouvert, partagée entre deux hommes (dont l’un qui songe à rapporter
un jour des perroquets qui « seront comme des soleils sous le ciel enfumé de
Londres»), oubliant « l’autre monde. Celui où l’on
est libre. » Une femme habitée par « le désir de
fuite » vers « là où les Blancs ne sont encore que
des âmes perdues, des esprits revenus de chez les Ancêtres » pour
les Natifs. Une femme qui les a si bien compris qu’elle dit : « Je
me plierai à leurs coutumes. J’apprendrai leur langue (…)
Je danserai avec eux l’histoire du monde. » C’est Elizabeth
Murray qui parle, et c’est aussi Agnès Clancier, qui nous entraîne « dans
les paysages du récit qui coule. » Elle semble être
partie sur les pistes de Bruce Chatwin, théoricien méditatif
du nomadisme, celui dont elle semble être depuis longtemps une adepte. »
Laurent Bourdelas – RCF Limoges –Avril 2007
« Vous volez un drap et vous voilà condamnée à l'exil à l'autre
bout de la terre "à échéance de votre vie". Le voyage d'Angleterre
vers l'Australie dure presque deux ans en cette fin de XVIIIe siècle, à fond
de cale, en compagnie des rats et d'une humanité aussi déshéritée
que vous. L'arrivée dans ce bagne à ciel ouvert qu'est Port Jackson
vous fait sentir toute la valeur de la vie, mais aussi sa dureté. C'est
là que commence Port Jackson, quatrième roman d'Agnès Clancier.
Qui s'installe dans la peau d'Elizabeth, une jeune servante, intelligente, éduquée à l'écriture,
et envoyée grossir les rangs d'une nouvelle colonie britannique en compagnie
de quelques centaines de bagnards. Là, l'ordre de Dieu et du Roi tente
de s'imposer à des colons dénués de tout. L'écriture
est soignée, le roman a quelque chose d'un long hurlement sourd: la nature
est hostile, les rapports humains féroces, l'inconfort et la disette règnent.
Le seul espoir finit par se greffer sur l'existence libre et mystérieuse
que semblent avoir, juste à côté des Anglais, des indigènes, étonnants
et nus. Et si ceux-là étaient heureux? »
Eléonore Sulser – Le Temps – 21 avril 2007
Entretien
pour la Revue « L’Indicible Frontière » n°9-10-2007
Votre
métier vous conduit à voyager à travers
le monde; au moment où nous réalisons cet entretien
(août 2006), vous êtes en Australie. Ces terres « professionnelles » sont-elles
aussi des terres d'inspiration et si oui, comment s'opère
alors l'alchimie créatrice ?
Il
est certain que l'Australie a été pour moi une
terre d'inspiration mais, curieusement, beaucoup moins l'Australie
d'aujourd'hui, que celle du passé. Je me suis passionnée
pour l'histoire de ce pays, une histoire où l'arrivée
des Européens peut être considérée
de deux points de vue totalement différents. On peut
la voir comme un épisode anecdotique à l'échelle
de ce pays-continent qui, en 1788, comptait déjà 60 000 ans
d'histoire humaine et qui, encore aujourd'hui, est presque
aussi désert qu'il y a deux cents ans. Malgré beaucoup
d'efforts, les Européens n'ont même pas réussi à détruire
complètement la culture des peuples aborigènes,
une culture qui est très vivante aujourd'hui, qui se
renouvelle et imprègne l'ensemble de la société,
l'influence.
Mais bien entendu, l’arrivée des Européens à Botany
Bay en janvier 1788, outre qu’elle marque le début de l’Australie
moderne, c’est aussi une extraordinaire aventure humaine, qui n’est
comparable à aucune autre. Cette épopée m’a tellement
fascinée que, pendant trois ans, j’ai rarement levé le
nez des textes écrits à l’époque par ses protagonistes.
Au point que j’ai la sensation aiguë d’avoir vécu avec
eux cette arrivée et les premières années de la colonie.
J’y étais.
L’homme,
son rapport à la société et sa solitude
semblent être au cœur de votre œuvre… ?
Dans les quatre romans que j’ai publiés reviennent en effet des
thèmes : la solitude qui, certainement, définit nombre de mes
personnages, mais qui est l’essence même de la condition humaine,
et puis l’enfermement, thème omniprésent de mon œuvre,
qu’il s’agisse d’un enfermement physique comme celui qu’a
subi le personnage principal du « Pèlerin de Manhattan »,
ou d’un enfermement intérieur, tel que celui qui emprisonne le
personnage de « Murs », l’isole du monde et la
pousse vers une évasion définitive. Dans Port Jackson, l’enfermement
est à la fois physique et théorique, puisqu’il n’y
a pas de murs ni de barreaux, c’est un enfermement-éloignement,
un enfermement-isolement ; les deux thèmes, celui de la prison et
celui de la solitude, toujours, se rejoignent .
Que
représente la littérature pour vous?
La
littérature, ce sont des mondes à côté du monde. C’est le Pays
des Merveilles d’Alice, des tas d’endroits où on peut aller à
n’importe quel moment, pour oublier, pour comprendre, pour rire,
pour pleurer, pour sentir et que cela ne fasse pas trop mal. Le
Clézio a eu une jolie formule en faisant d’elle « un écho
consolateur du monde », Selon lui, elle n’est que cela, elle ne
peut pas changer le monde, elle ne peut en être qu’un écho
consolateur. Mais on pourrait aussi dire, si on était optimiste
et d’une gaie nature : elle est tout cela ! Mais c’est déjà
beaucoup, ça, d’être un écho consolateur du monde !
Hélas, je sais bien qu’elle ne peut consoler au mieux que quelques
privilégiés, et encore, même pas dans toutes les circonstances.
Parfois, le monde est tellement fermé/clos/bouché/obtus/cruel
que la petite porte d’Alice ne s’ouvre pas.
Vous
reconnaissez-vous des « maîtres »?
Bien
sûr, il existe des chefs d’œuvres qui sont tellement au-dessus
de tous les autres livres que cela peut intimider n’importe quel
auteur ou lecteur. Pour moi, Ulysse représente la perfection, le
symbole de toute la littérature. Au fil de mes découvertes, je
vis ainsi des passions. La littérature est peuplée des univers
qu’y ont semés des êtres eux-mêmes fascinants. La vie des
auteurs dont j’aime les textes m’intéresse beaucoup. J’ai
remarqué que, souvent, les œuvres qui m’impressionnent
ou me touchent le plus ont été écrites par des gens dont la vie
a été hors du commun, tels Joyce, Albert Cohen, Colette ou
Virginia Woolf.
J’aime beaucoup
cette histoire à propos de Joyce. Un ami lui rend visite un soir
et le trouve très déprimé, se lamentant d’avoir travaillé toute
la journée sans être parvenu à aucun résultat qui le satisfasse.
Son ami essaie de lui remonter le moral, de lui montrer le côté
positif des choses : Allons, allons, lui dit-il, ça ne peut pas
être si mauvais, tu as forcément écrit quelque chose que tu
pourras utiliser demain, tu as bien avancé un peu, même un tout
petit peu. Une ou deux pages ? Un paragraphe ? Non ? Qu’est-ce
que tu as écrit aujourd’hui ? – Sept mots, répond Joyce. –Sept
mots ! Mais c’est bien, ça, sept mots, c’est déjà pas mal, c’est
mieux que rien ! Sept mots, c’est une base, c’est quelque chose.
– Je sais, répond Joyce, mais je ne sais pas dans quel ordre les
mettre.
J’ignore si
cette histoire est vraie, mais elle me plaît par ce qu’elle
montre du processus créatif et du travail que peut représenter
l’écriture même pour un génie tel que Joyce. Comment imaginer en
lisant Ulysse que l’auteur a dû parfois avancer comme cela, un
mot après l’autre ?
Quels
sont vos projets d’écriture ? Souhaitez-vous
continuer à voyager ? Ce voyage est-il une fuite ?
Je viens juste de terminer Port Jackson, qui est un livre ayant pris une très
grande place dans ma vie et dans mon esprit. L’écriture de ce
roman a été pour moi une aventure considérable, une expérience
très intense, dont je ne suis pas encore complètement sortie
; ma tête est encore un peu là-bas, à Port Jackson, en
cette fin de dix-huitième siècle. Peut-être la sortie du
livre va-t-elle m’aider à m’en extraire, à clore
cet épisode de ma vie. Mes projets suivants sont encore trop vagues
pour qu’il me soit possible d’en parler. Une chose est sûre,
l’un d’eux me ramènera un jour au dix-huitième siècle,
car je suis loin d’être rassasiée de cette époque.
J’ai l’impression d’avoir vécu trois ans dans un pays étranger
et de ne pas avoir eu le temps de tout voir.
Que votre question lie écriture et voyage est très signifiant
pour moi, tant il est vrai que l’écriture même de ce livre
a été un voyage, bien plus dépaysant que le voyage physique
que j’ai vécu en émigrant en Australie. Cela dit, même
si les premières années de l’Australie blanche n’ont
rien à voir avec l’Australie d’aujourd’hui, je ne
crois pas que j’aurais pu écrire ce livre si je n’avais
pas vécu à Sydney pendant plusieurs années.
Je vais certainement continuer à voyager, sans doute de manière
différente. Dans mon cas, le voyage est toujours une fuite. C’est
une des modalités de la fuite. Ni la plus dangereuse, ni la plus facile à mettre
en œuvre. Bien sûr, l’idéal est d’aller vivre
dans un pays dont on ne connaît ni la langue ni la culture ; le quotidien
tout à coup redevient intéressant.
Extrait
d'un entretien réalisé
par Laurent Bourdelas en août 2006
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