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Le Pèlerin de Manhattan

Editions Climats
2003


Revue de presse

Le Pèlerin de Manhattan
Editions Climats
2003

« Agnès Clancier avait évoqué avec beaucoup de pertinence l'enfermement dans son premier roman, Murs (Climats, 2000). Dans son troisième livre, Le Pèlerin de Manhattan , le héros, Louis Soler, sort de prison et veut essayer de «  revivre la vie d'avant  », ce qui est presque impossible, même si l'on se persuade qu'il faut attendre, comme dit Soler «  que la vie te reprenne  ». Au moment de cette tentative de retrouver l'existence «  du dehors  », voilà qu'« ils ont bombardé New York ». On a beau lui dire que « ce n'est pas le moment d'y aller », Soler part. Et, bien que ce ne soit qu'une partie du roman, elle est magnifique, cette promenade dans la ville à laquelle convie Agnès Clancier. Tous les vrais amoureux de New York s'enchanteront de voir Soler, comme eux, prendre « le ferry pour Staten Island », après être resté des heures à Battery Park « à contempler les allées venues des ferries dans la baie ». » Josyane Savigneau, Le Monde des livres .

« Agnès Clancier raconte l'histoire d'un pèlerin qui ne sait pas encore qu'il en est un et qui se retrouve par hasard (mais il n'y a pas de hasard, ici), sur le chemin de Saint-Jacques, avec d'autres égarés de la vie et accompagné de loin en loin par un métaphorique chien jaune à la Simenon. Il fait sa pérégrination, il chemine sur la route et dans sa vie, comme tant d'autres avant lui. Avant, il n'y a pas si longtemps, il était un P.D.G., où quelque chose d'approchant, il avait une femme, Anne, joliment évoquée, « Anne-désir, Anne-Aimante, Anne-Aimée, mélodieuse, animée, câline. Anne inquiète, recueillie, indulgente. » Il avait deux enfants. Une secrétaire, jamais vraiment regardée en dix-sept années. Et puis il a dérapé et s'est retrouvé en prison, dix-huit mois.

Agnès Clancier sait montrer l'horreur de l'incarcération, de l'enfermement dont n'arrive plus à sortir. Soler, son personnage: « barreaux tapés, raclés, deux fois par jour ce crépitement, le bruit de fer est resté, pris au piège, enfermé dans le raclement des barreaux tapés » . Son pèlerin a fui Paris et sa famille, Anne devenue son ex femme, pour aller marcher avant de les rejoindre. Il finit par les retrouver à Manhattan, où un autre séisme vient de se produire (.). La ville a changé, Anne a changé, ses anciens amis aussi, et lui n'est plus le même. Il est devenu étranger, au sens camusien du mot: « il regarde autant qu'il peut, tout ce qu'il avait oublié, avec la stupéfaction avide de qui découvrirait New York pour la première fois ».

S'en suivent des descriptions de la ville qui font parfois songer à Céline ou à Woody Allen. Pèlerin sans Dieu sur le chemin de Saint-Jacques, voici le héros devenu pèlerin sans but et sans conviction, clochard presque - mais clochard solaire -, dans le cour de l'Amérique et du monde. La rédemption, peut-être, viendra quand il comprendra que l'essentiel n'est pas dans le but, mais dans le chemin.

Le style d'Agnès Clancier est concis, poétique, sait ne pas s'alourdir de ponctuation pour privilégier le rythme (.), on passe avec elle un moment intense. Il paraît qu'elle va revenir en France pour prendre le temps d'écrire: c'est une bonne nouvelle. »

Laurent Bourdelas, RCF Limousin, Lundi 6 février 2006